Le psoriasis de l’enfant

Psoriasis de l’enfant

Par le Dr Mahé Emmanuel, dermatologue au CHU d’Argenteuil Existe-t-il des formes de psoriasis de l’enfant ? OUI. Toutes les formes cliniques de psoriasis peuvent s’observer à tout âge. Tous âges confondus, le psoriasis en plaques « classique » est la forme la plus fréquente. Néanmoins, le psoriasis du siège et du visage sont fréquents chez le petit enfant. Chez l’enfant de 5 à 10 ans, le psoriasis en gouttes est une des formes prédominantes. A l’inverse le rhumatisme psoriasique est très rare chez l’enfant Les facteurs déclenchant sont-ils les mêmes que ceux de l’adulte ? OUI. Le stress, les infections, les traumatismes, certaine médicaments peuvent déclencher des poussées de psoriasis. Plus spécifique à l’enfant, on peut noter l’infection streptococcique favorisant les poussées de psoriasis en gouttes. Cette infection est le plus souvent ORL (angine) mais d’autres localisations, cutanées ou ano-génitales doivent être recherchées. Il n’en faut donc pas être surpris si l’enfant est complètement examiné à la recherche de cette infection pouvant être peu symptomatique. Est-ce contagieux ? NON. Cette question est souvent posée soit en début d’évolution de la dermatose soit quand l’enfant a des activités sociales (piscine, sports, activité scolaire, colonie de vacances). Évidemment, le psoriasis n’est en aucun cas contagieux. Il faut savoir l’expliquer aux interlocuteurs (professeur des écoles, de la piscine, …). Le médecin peut aider à trouver les mots adéquats. Dans les cas « extrêmes », un certificat de non contagiosité peut être rédigé afin de simplifier la situation. Comment évaluer la sévérité ? Les critères de sévérité classiques de l’adulte (PASI, DLQI par ex.) n’ont pas été étudiés chez l’enfant. Aussi, souvent, soit des critères spécifiques de l’enfant tels que le Child-DLQI, ou des évaluations simples (gène pour porter un crayon à l’âge de l’écriture, enfant n’allant plus à la piscine, adolescent ne voyant plus ses copains, …) sont suffisantes pour débuter un traitement plus intensif. Quelle va être l’évolution plus tard ? Aujourd’hui, personne ne peut prédire de la sévérité ultérieure du psoriasis chez un enfant. Cependant, une étude néerlandaise montre que la forme clinique observée dans l’enfance reste stable dans le temps et qu’un psoriasis peu sévère dans l’enfance semble rarement s’aggraver avec le temps. « Comorbidités » chez l’enfant ? D’après nos collègues américains, les enfants atteints de psoriasis en plaques « sévère » seraient plus fréquemment obèses. A noter que cette association est retrouvée chez l’adulte obèse en France. Deux points doivent être soulignés :
  • il existe des biais important dans les études justifiant des compléments d’études pour confirmer cette association ;
  • une étude est en cours en France sur ce sujet, l’étude c-psocar afin de valider ou non cette hypothèse.
Ce jour, si un enfant présente simultanément un surpoids et un psoriasis, sa prise en charge n’est pas différente des autres enfants : d’une part prise en charge du surpoids, d’autre part prise en charge du psoriasis. Dois-je lui faire faire une psychothérapie ? NON. Le stress est un facteur favorisant les poussées. Il n’est pas rare d’observer des poussées après des évènements « traumatisants » de la vie de l’enfant tels qu’une séparation parentale, mais aussi l’arrivée d’une petite sœur (ou frère !), l’entrée en CP, … Ce stress est « normal » et seul le pédiatre pourra dire s’il devient pathologique et justifie d’une prise en charge complémentaire. Ce n’est pas le psoriasis par lui-même qui justifie une prise en charge psychologique. Et la cure, docteur ? La cure « thermale » peut avoir un intérêt dans les formes sévères, ou en cas de « fatigue » familiale. Il faut cependant savoir que l’effet est suspensif le temps de la cure. Une éducation thérapeutique peut être organisée pendant cette cure et aider les parents à mieux appréhender la prise en charge ultérieure. Le traitement est-il le même que chez l’adulte ? Les mêmes thérapeutiques (à l’exception des biothérapies qui ne sont pas toutes validées chez l’enfant) peuvent être utilisées. Cependant, le traitement (dose, indication) seront adaptés à l’âge de l’enfant et à la forme clinique du psoriasis. Le médecin sera plus prudent sur les traitements généraux du fait du risque cumulatif. Les traitements généraux doivent être institués par des médecins habitués au maniement de ces thérapeutiques chez les enfants. Et la recherche en France ? Plusieurs études, en cours, dans plusieurs centres de recherche, en collaboration avec les groupes de recherche de dermatologie (Société Française de Dermatologie Pédiatrique, GEM Resopso par exemple) finalisées ou en projet se sont développées depuis quelques années en France. Plusieurs axes sont abordés : génétique, épidémiologie, devenir des enfants, traitements ... Les résultats commencent à être communiqués en France mais aussi dans les congrès et revues internationaux.